Par

Scène 6

(Décor : Une tente et trois chaises. Deux personnes sont assises et discutent.)

Sophie (présentant sa bouteille) - Une petite shot ma belle Julie?

Julie- Ça ne sera pas de refus, Sophie. Surtout après la nuit que j’ai passée.

Sophie- C’est vrai qu’il a fait chaud la nuit passée.

Julie- En plus, mon ventilateur fonctionne plus. Je pense que mes batteries sont mortes.

Sophie- Tu vas sûrement en trouver un autre dans les poubelles de la trente-deuxième. Quand t’as besoin de quelque chose, tu fouilles dans les poubelles des gens riches.

Julie- Pas toujours. Si tu savais ce qu’on peut trouver dans celles des gens pauvres. Les riches ne sont pas riches pour rien.

Sophie- Puis les pauvres ne sont pas pauvres pour rien non plus. Regarde- nous… Ça fait quoi… Deux ans qu’on vit ici…

Julie- Plus proche de trois ans…

Sophie- C’est vrai qu’on finit par perdre la notion du temps quand on vit comme nous.

Julie- Ce n’est pas parce que ça nous tente…

Sophie- De vivre dans une tente…

Julie- Mais c’est mieux que chez ma tante…

Sophie- La vieille tout croche…

Julie- Oui, celle qui voulait que j’arrête de boire puis tirer mon joint…

Sophie- C’est dur, dur d’être une aînée…

Julie- Elle n’arrêtait pas de me dire que si j’arrêtais pas, elle me mettrait dehors. Ça fait que là je suis dewors maintenant.

Sophie- Fini la ma tante chialeuse…

Julie- Comme disait André, j’aime mieux être dans ma tente que chez ma tante…

Sophie- Mais des fois c’est plus chaud dans ma tante que dans ma tente…

Julie- Pour comprendre il fallait qu’il fasse les signes.

Sophie- Oui, dans ma tante comme ça et dans ma tente comme ça.

Julie- Il disait : Maintenant ça ne me tente plus.

Sophie- Il était drôle le André.

Julie- Avec lui, on se piquait des fous rires.

Sophie- Puis des fois ça tombait à pic.

Julie- Mais il avait la manie de se piquer.

Sophie- Puis il s’est piqué une fois de trop.

Julie- Cette fois-là il a piqué toute une drop.

Sophie- Après avoir plané, il a droppé.

Julie- La preuve que tout ce qui monte redescend.

Sophie- Tu as bien raison.

Julie- Moi qui détestait ça faire du camping…

Sophie- Mais là tu en fais à l’année longue. Puis gratis en plus…

Julie- Pas de loyer à payer, pas de taxes, pis de comptes à payer.

Sophie- La vie rêvée quoi…

Julie- Puis quand il fait un peu trop frette l’hiver, on se colle plus.

Sophie- Tout ne peut pas être parfait.

Julie- Des fois j’aurais le goût d’aller voir la compagnie qui m’a mise en dehors de mon logement.  Pour faire des rénovations qu’ils m’ont dit.

Sophie- Puis moi, ça faisait juste six mois que je n’avais pas payé mon loyer. Je ne pouvais pas. Tout avait tellement augmenté. Puis en plus, j’avais perdu ma job. Ça fait que j’ai sacré mon camp du logement avant que je me retrouve à la Régie. Elles sont tellement riches ces compagnies-là. Elles auraient pu patienter encore.

Julie- On a été chanceuses de trouver un bon spot. Bien meilleur que celui qu’on avait avec plein de monde qui s’installait un peu n’importe comment.

Sophie- Les voisins se sont monté contre nous.

Julie- Ça fait qu’on a été démonté.

Sophie- Une badeloque de plus à surmonter.

Julie- Mais là, maintenant, on est bien. Le paysage est tout vert.

Sophie- Et puis la nuit c’est tranquille

Julie- Bien mieux que la rue passante d’avant.

Sophie- As-tu entendu?

Julie- Non!

Sophie- Ça a fait poc…

Julie- Ah! Une autre…

Sophie- Une chance qu’il y en a plusieurs qui ne sont pas bons.

Julie- C’est le temps de faire sortir Huguette.

Sophie- Hé! Huguette… Sors dehors…Une balle pour toi…

(On voit Huguette sortir de la tente en s’étirant les bras)

Huguette- Elle est où?

Julie- Là-bas, juste à côté de l’arbre. Allez… Allez…

Huguette- J’y vais.

(Elle part)

Huguette- Hé monsieur! Arrêter de chercher. Elle est ici votre balle de golf.

Sophie- Elle porte bien son nom la Huguette.

Julie- Oui, c’est elle qui guette les balles.

Sophie- Oui, si c’était une jument on lui dirait Hue Guette la balle.

(Elle revient)

Huguette- Encore un dollar à mettre dans notre cagnotte. Ils sont contents de ne pas avoir à la chercher trop longtemps leur balle.

Julie- On devrait monter nos prix à une piastre et demie.  Non… deux piastres…

Huguette- Pourquoi?

Julie- À cause de l’inflation.

Sophie- En plus, on devrait leur charger de la TPS. Après tout, c’est un service qui devrait être taxable.

Huguette- D’accord, mais il faudrait avoir du change. Tu me vois-tu avec ça…

Sophie- On pourrait vendre des cartes fidélités.

Julie- Oui, genre 10 piastres pour 15 balles ramenées ou 20 piastres pour 30.

Sophie- Mais Julie, ça fait le même prix au bout de la ligne.

Julie- Penses-tu qu’un golfeur qui cherche sa balle a le temps de compter… Il déjà bien trop occupé à compter ses coups. Bon, ça va, ça pourrait être 20 piastres pour 40.

Huguette- J’en connais un qui serait content. Je dois lui ramener sa balle au moins 3 fois par semaine. Puis savez-vous quoi?

Sophie- Non.

Huguette- Il m’a demandé s’il pouvait me payer avec sa carte de crédit.

Julie et Sophie- Sa carte de crédit ???

Huguette- Oui, sa carte de crédit. Je lui ai répondu que je prendrais bien sa carte puis son NIP.

Julie- Et puis ???

Huguette- Il m’a plutôt donné une piastre.

Julie- Je regarde ça Sophie. C’est beau puis c’est grand un terrain de golf.

Sophie- À qui le dis-tu…

Julie- Tu ne penses pas que l’état pourrait en récupérer une partie pour loger les itinérants.  Pense à tout l’espace qu’il y a.  Ça en fait de la place pour des tentes.

Huguette- Ou des petites maisons. On pourrait loger pas mal de monde ici.

Julie- Pas de voisins pour nous embêter.

Sophie- Ça prendrait quoi… Deux ou trois trous.

Huguette- De quoi loger pas mal de monde qui sont dans le trou.

Sophie- Y manque juste la pépine pour commencer.

Huguette- Oui, y avait un ministre qui disait ça.

Sophie- Les golfeurs ne seraient pas contents.

Huguette- Ils n’auraient qu’à faire deux fois le tour du même trou.

Julie- Quoi?

Huguette- Les golfeurs, ce sont des enfants de la balle. Ils vont d’un trou à l’autre en pointant leur bâton : Allez, allez, rentre dedans… Au fond, ce qu’ils veulent, c’est la mettre dedans.

Sophie- C’est vrai qu’un trou c’est un trou.

Julie- Il y a juste le numéro du drapeau qui fait la différence.

Huguette- Donc, la solution c’est de mettre deux numéros sur le drapeau.

Julie- Bien pensé, Huguette.

Huguette- En attendant on reste dans notre tente.

Sophie- Tu ne penses pas qu’on pourrait s’inscrire à la ville pour avoir un logement meilleur que notre tente.

Huguette- On pourrait avoir un trip à trois dans un logement plutôt que dans une tente.

Julie- Quand je pense qu’il y en a qui se fende en quatre pour avoir un trip à trois.

Huguette- Nous, pour avoir un trip à trois on n’a qu’à se serrer un peu plus

Julie- C’est vrai qu’à trois, on est pas mal serré dans notre tente à deux.

Sophie- Puis en plus, Huguette elle ronfle pas mal fort des fois.

Julie- Des fois, ça arrive que le plafond lève.

Sophie- Par contre, quand il fait chaud, ça fait de la ventilation.

Huguette- Vous n’avez pas fini de rire de moi. Ce n’est pas de ma faute si je ronfle.

Julie- Mais non, Huguette. Quand tu ronfles, ça éloigne les petites bêtes.

Sophie- On se sent plus en sécurité.

Huguette- Ha! Ha! Ha!

Sophie- Peut-être qu’on devrait soumettre notre idée à la ville…

Julie- Laquelle ??? Le golf ou le logement…

Sophie- Celle du logement. On ne sait jamais.

Huguette- Je ne sais pas. Qu’est-ce que tu en penses Julie?

Julie- Quoi?

Huguette- L’idée de Sophie.

Julie- J’ai entendu dire que c’est compliqué ça…

Sophie- Bien, si on n’essaie pas, on n’aura rien de toutes façons.

Julie- Ça ne me tente pas trop.

Sophie- On pourrait toujours s’informer.

Julie- Peut-être…

Huguette- Vous ne savez pas à quoi je pense, les filles…

Sophie- J’espère que tu ne penses pas à vendre la tente.

Julie- Ou la louer…

Huguette- Mais non… Quoique, pour la location, ce n’est pas une mauvaise idée…

Julie- Tu pensais à quoi…

Huguette- Vous ne pensez pas qu’on devrait être traité comme des réfugiés.

Sophie- Comment ça ???

Huguette- Bien oui, nous avons dû quitter notre domicile pour nous réfugier dans la rue.

Julie- Oui, on était en danger dans un logement attaqué par des coquerelles et de la moisissure…

Sophie- Puis des compagnies qui nous jette dehors.

Julie- Quand ce n’est pas des tantes dures de comprenure.

Huguette- Vous savez pas quoi… Si on était reconnues comme réfugiées, on aurait droit à une chambre d’hôtel puis un chèque par mois.

Julie- C’est vrai ça…

Huguette- Rappelez-vous le chemin Roxham…

Sophie- Mais c’est bien vrai ça…

Julie- Puis ça pouvait prendre deux ans avant qu’on étudie leur cas.

Huguette- Imaginez-vous… Deux ans dans un hôtel tous frais payés…

Sophie- On pourrait-tu avoir un hôtel avec une piscine ???

Julie- On pourrait-tu emmener notre tente dans l’hôtel.  J’ai peur de m’en ennuyer de ma tente…

Huguette- Bien là, Julie, n’exagère pas. 

Sophie- Vous ne savez pas à quoi je pense…

Julie et Huguette- Non…

Sophie- On pourrait partir un mouvement qui dirait : Adoptez un sans-abri.

Julie- Comme ils font avec les autoroutes…

Huguette- Ça serait plus comme ils le font à la SPCA.  Adoptez un chien ou un chat.

Sophie- Oui, un foyer pour un sans-abri.

Julie- Puis, il faudrait faire comme la SPCA.

Huguette- Le vacciner.

Sophie- Le pomponner

Julie- Oui, le laver, le nettoyer...

Huguette- Oui, il y en a pour qui ce serait presque mission impossible.

Sophie- Dans ce temps-là, on pourrait les envoyer dans un lave-auto. Ça, ça risque de marcher.

Huguette- Sans compter que ça peut être utile d’adopter un sans-abri.

Sophie- Comment?

Huguette- Il pourrait garder la maison quand les gens partent en vacances.

Julie- C’est vrai, prendre soin du chien.

Sophie- Du chat.

Huguette- Du poisson rouge.

Julie- Des plantes.

Huguette- Pensez à tous ces snowbird qui partent en Floride l’hiver.

Sophie- Ce serait mieux que de demander aux voisins ou leurs enfants de le faire.

Julie- Mais il y a beaucoup de monde qui auraient peur de se faire voler ou que leur maison soit maganée.

Huguette- Oui, ça prendrait un cours de dressage comme pour les chiens.

Sophie- Là, Huguette, tu vas trop loin.  C’est bien beau ’ Adoptez un sans-abri’ mais ‘Dressez un sans-abri’ j’en doute.

Julie- Puis, je suis sûre qu’il y aurait des abus. Il y a déjà la DPJ pour les enfants, ça prendrait la DPI pour les sans-abris.

Sophie- DPI ???

Julie- Oui, la Direction pour la Protection des Itinérants.

Huguette- Tu as probablement raison, Julie. En attendant, je vais faire un tour.

Julie- Huguette, ne va pas sur le fairway. Tu le sais que ça peut être dangereux.

Huguette- Ne t’inquiète pas Julie. Je fais attention. (Elle part)

Sophie- Ne t’en fait pas, Julie. Huguette connaît son terrain.

Julie- Mais ici, c’est un terrain de golf, un terrain de balle dure, pas de balle molle.

Sophie- Mais non, ce n’est pas la première fois qu’elle se promène et il ne lui est jamais rien arrivé.

Julie- Sophie… As-tu entendu?

Sophie- Quoi ??? Le poc?

Julie- Oui, ce poc -là ne résonne pas comme d’habitude.

Sophie- Tu as raison.

Julie- Il faut aller voir.

Sophie- Regarde, Julie… Elle est là…

Julie- Huguette, Huguette, réveille-toi.

Sophie- Allez, allez Huguette, respire.

Julie- Regarde la balle à côté d’elle. Puis le sang sur sa tête.

Sophie- Tabarn… Elle a reçu la balle sur la tête.

Julie- Appelle le 911.

Sophie- Julie, on n’a plus de téléphone.

Julie- Trouve quelqu’un qui en a un.

(Sophie part)

Julie- (Prenant Huguette dans ses bras) Huguette, Huguette, reste avec nous. On a besoin de toi ici. (Elle crie et pleure) Huguette… Huguette…non...non…

Scène 7

Diane- Bonjour mesdames et messieurs, je me présente, Diane Lafond, responsable d’un comité qui a été formé pour choisir des personnes qui pourront habiter un logement de type abordable, social et un dernier pour une personne sans-abri. Ce comité est composé de quatre personnes qui œuvrent à la ville. J’ignore si je vous apprends quelque chose, mais nous prenons des décisions mais ne voulons pas souvent qu’on nous impute la responsabilité de ces décisions.

Suzanne- Alors nous avons pensé à présenter une pièce de théâtre en ayant comme objectif de vous confier la responsabilité du choix final des candidats.

Raymond- Surprise, surprise. Vous ne vous attendiez pas à ça, hein... Dites-vous que pour une fois vous pouvez décider de quelque chose autrement que lors d’un vote aux quatre ans pour le choix d’un maire…

Alice- Nous avons quand même conservé le mandat de coacher les candidats avant qu’ils se présentent à vous. 

Suzanne- S’il y a des personnes parmi vous qui ne veulent pas participer au processus, sentez-vous bien à l’aise de quitter cette salle.

Raymond- Mais pas tous en même temps, s’il vous plaît…

Diane- Nous sommes bien conscients de cette petite entorse en rapport avec l’invitation qui vous a été faite. Nous avons pensé vous récompenser en faisant tirer quelques prix de présence.

Raymond- Mais notre budget ne nous le permettant pas en raison des restrictions financières en vigueur à la ville. Que voulez-vous, il y en a toujours des coupures à la ville…

Alice- Des coupures d’eau, d’électricité, de services, de financement…

Diane- Hé là vous deux! Ce n’était pas prévu dans notre présentation. Excusez-les, mesdames et messieurs. Donc, nous avons prévu une petite dégustation de vin fromage qui est offert par une organisation dont nous ne pouvons pas mentionner le nom.

Raymond- Sara servi à rien de toutes façons.

Suzanne- Nous avons pensé à quelques méthodes pour vous permettre d’exercer votre choix, des cartons de couleur, un vote à main levée, un vote secret et bien d’autres. À moins d’objection de votre part, nous allons procéder par applaudissement.

Raymond- Vous pouvez toujours décider de former un comité pour choisir un autre moyen…

Diane- Allons, allons Raymond… Ce n’était pas ce dont on avait discuté.

Raymond- Moi, je respecte le processus démocratique.

Alice- Au diable ton processus démocratique… Êtes-vous d’accord mesdames et messieurs…

(Réponse des spectateurs)

Suzanne (s’adressant aux autres) - Une chance qu’ils sont d’accord sinon on n’aurait pas su quoi faire.

Diane- Permettez-moi de vous présenter madame Maribelle Morin la première des deux candidates pour le logement abordable.

Maribelle- Bonjour mesdames et messieurs, je m’appelle Maribelle Morin. Je voudrais d’abord vous remercier de votre présence ici, aujourd’hui. Je suis encore surprise de pouvoir bénéficier de cette chance de me présenter devant vous en vue d’obtenir un logement dans un immeuble nouvellement rénové. Je travaille comme commis dans le secteur bancaire et mon salaire est de 35 mille dollars par année.

L’an dernier, l’immeuble ou j’habite a été acheté par une société immobilière. En décembre dernier, j’ai reçu un avis à l’effet que cette compagnie a obtenu l’autorisation d’y effectuer des rénovations importantes et, qu’en conséquence, je devrai quitter mon appartement le premier juillet prochain.

Comme vous le savez sans doute, trouver un logement à prix raisonnable est très difficile. Depuis quatre mois que je cherche sans jamais trouver rien d’adéquat pour mon budget. En désespoir de cause, je me suis inscrite sur la liste des logements abordables. Je savais bien qu’il y avait une liste d’attente importante. Imaginer mon étonnement quand on m’a appelé pour m’offrir l’opportunité présente. En plus, je pourrais payer 150 de moins de loyer par mois.

Vous est-il possible d’imaginer ma situation? Je dois quitter mon logement parce qu’il doit être rénové et j’ai la possibilité d’obtenir un appartement nouvellement rénové moins cher. Mesdames et messieurs, vous feriez de moi une femme très heureuse si vous décidiez de m’offrir cette opportunité inespérée.

Je vous remercie de votre attention.

Diane- Merci madame Morin pour votre présentation. Laissez-moi maintenant vous présenter la deuxième candidate, madame Marilou Marchand.

Marilou- Bonjour mesdames et messieurs, je suis très nerveuse de me présenter devant vous. C’est la première fois que je ça m’arrive d’avoir à parler devant autant de monde. Puis, en plus, je ne peux pas croire ce qui m’arrive. Ça fait des mois que je cherche un logement qui va me coûter moins de mille dollars par mois. Actuellement, je paye 750 dollars par mois. En décembre dernier, mon proprio m’a avisé qu’il reprenait possession de mon appartement pour y installer sa fille. Est-ce que c’est vrai? Je ne peux pas le savoir. De toutes façons, je suis désespérée. Je me voyais avoir à payer 300 dollars de plus par mois. Pouvez-vous vous imaginer ce que cela représente pour moi ??? Quand j’ai reçu l’appel pour me présenter devant le comité, je n’y croyais pas. Il y a tellement de fraudes aujourd’hui. J’en profite pour remercier madame Suzanne qui m’a coaché pour faire ma présentation. Je remercie aussi le ciel de m’avoir offert cette chance inespérée. Ça fait 15 ans que je reste dans mon logement actuel. Depuis le temps, la situation a bien changé et trouver un logement abordable, c’est l’enfer. En plus, je dois m’occuper de ma mère qui est malade. Faire son épicerie, préparer ses repas, l’accompagner à l’hôpital. Je cours tout le temps. Des fois, je me demande si je ne finirai pas dans la rue si je ne trouve pas un nouveau logement. On entend tellement cela aujourd’hui.

Merci à vous tous de m’avoir écoutée. J’aimerais tellement l’avoir ce logement-là.

Diane- Merci madame Marchand pour votre exposé.  Mesdames et messieurs, vous avez entendu les requêtes de madame Morin et de madame Marchand. Nous vous laissons quelques minutes pour y réfléchir et possiblement en discuter entre vous. Je reviens pour le vote final par applaudissement.

(Deux minutes sont accordées au public)

Diane- Re-bonjour à vous tous. C’est maintenant le moment de choisir parmi les deux candidates pour le logement abordable. Mesdames, si vous voulez bien venir ici.

Alors, par applaudissement, pour madame Morin.

(Applaudissements)

Et maintenant, par applaudissement, pour madame Marchand.

Diane- Et la gagnante est….

Merci beaucoup pour votre participation.

(Possibilité de remerciements pour la candidate choisie)

Diane- Maintenant, je vous laisse avec madame Alice Montclair pour la présentation des deux candidates pour le logement social.

Alice- Merci Diane. Je voudrais d’abord vous remercier pour votre participation enthousiaste. C’est maintenant au tour des candidates pour le logement social, qu’on appelle généralement des HLM. Sauf que cette fois-ci, c’est un HLM dans un édifice qui n’est pas un HLM. Essayez de comprendre ça. Je ne le sais pas pour vous, mais pour moi, c’est aussi compliqué que de savoir comment fonctionne le bitcoin. Je n’en sais pas un bit.  Maintenant, je laisse la place à madame Ginette Gravel.

Ginette- Bonjour à vous. Je pense que je suis encore plus nerveuse que la madame qui a passé avant moi. J’ai donné mon nom pour un HLM. Je connais du monde qui attendent depuis plus que 3 ans pour en avoir un. Vous savez, même si ça fait 6 mois que je suis sur le chômage, que mon plus vieux est revenu rester avec moi, en passant, il ne travaille pas lui non plus et en plus il va probablement avoir à payer une pension pour ses deux enfants, il reste qu’il y a pas mal de monde qui vont passer avant moi.

Quand j’ai fini de payer mes comptes, il me reste 200 piastres par mois. J’ai beau aller dans une banque alimentaire, quand je dois aller à l’épicerie, je vous dis que c’est à reculons. J’ai beau chercher du travail, on n’en engage plus des vieilles comme moi.

Je ne suis pas devant vous pour me plaindre, ce n’est pas mon genre. Madame Alice, ma coach, m’a dit que je devais parler de ma situation et de ne pas me comparer. J’espère que vous comprenez que je me retrouve devant une possibilité qui me fait rêver.  J’en aurais encore long à dire. Mais là, devant vous, si je continue, je vais me mettre à pleurer.

Je vous remercie tous de m’avoir écouté.

Alice- Après ce témoignage, je vous présente la prochaine candidate, madame Michelle Marquis.

Michelle- Bonjour mesdames et messieurs. Est-ce que je peux vous dire que ça me fait drôle de me retrouver ici, devant vous. J’ai comme l’impression de me retrouver dans une réunion politique. Puis moi, la politique, ce n’est pas mon fort.

J’ai travaillé pendant 40 ans comme secrétaire pour une compagnie privée, mais avec deux mille piastres par mois, les fins de mois arrivent vite. Je peux vous dire que je suis contente quand les chèques de TPS et de TVQ arrivent dans mon compte.

Je suis une femme responsable et organisée et je peux vous assurer qu’avec moi, il n’y aura pas de problème de paiement de loyer. Je suis même prête à aider si on a besoin de moi dans l’immeuble.

Je crois sincèrement que je représenterai un atout positif si vous me choisissez pour pouvoir occuper ce logement.

Je vous remercie, mesdames et messieurs.

Alice- Mesdames et messieurs, vous avez entendu les situations de madame Gravel et de madame Maquis. Comme précédemment, nous vous laissons quelques minutes pour y réfléchir et possiblement en discuter entre vous. Je reviens pour le vote final par applaudissement.

(Deux minutes sont accordées au public)

Alice- C’est maintenant le moment de choisir parmi les deux candidates pour le logement social. Mesdames, si vous voulez bien venir ici.

Alors, par applaudissement, pour madame Gravel.

(Applaudissements)

Et maintenant, par applaudissement, pour madame Marquis.

(Applaudissements)

Alice- Et la gagnante est….

Diane- Merci beaucoup pour votre participation.

(Possibilité de remerciements pour la candidate choisie)

Alice- Pour la dernière partie, j’invite Madame Suzanne Tremblay à vous présenter les deux candidates concernant le logement pour sans-abri.

(Elle regarde derrière elle)

Alice- Je vois que madame Tremblay est en discussion avec les deux candidates. Ah! Je la vois qui lève la main pour me signifier d’attendre un peu.  En attendant, est-ce que ça va jusqu’à maintenant? Laissez-moi vous dire que ce n’est pas parce que je m’appelle Alice, que je me sens au pays des merveilles. Je regarde ce qui se passe derrière… Bon, il semble bien qu’elles s’en viennent…. Mesdames et messieurs, madame Suzanne Tremblay.

Suzanne- Bonjour à vous tous et toutes. Comme vous avez pu vous en rendre compte, j’étais en discussion avec les deux candidates. Elles ne veulent pas passer l’une après l’autre. Ça les effraie de se retrouver toute seule devant vous. Alors, je leur ai proposé de se présenter ensemble. Est-ce que cela vous convient?  Oui… Alors, sans plus tarder, pour le logement destiné à un sans-abri, je vous présente mesdames Julie Lachance et Sophie Lafortune.

Julie- Bonjour…

Sophie- Bonjour…

Julie- Comme vous a dit notre coach, madame Suzanne, on était pas mal gênées de venir parler toute seule devant tant de monde.

Sophie- Surtout après avoir entendu les autres avant nous.

Julie- On a eu beau se faire coacher, mais on ne s’attendait vraiment pas à ça.

Sophie- Oui, devant autant de monde.

Julie- Oui, tout’ du monde bien habillé.

Sophie- Moi, je n’aurais pas été capable. Je me serais écrasé là.

Julie- Moi aussi.

Sophie- Bon, notre coach nous a dit de parler de nous.

Julie- Peut-être que vous ne le savez pas, mais on a une tente sur le bord d’un terrain de golf.

Sophie- Depuis deux ans.

Julie- Et trois hivers.

Sophie- À trois, on se retrouvait des fois pas mal serrées.

Julie- Oui, on faisait un trip à trois dans une tente à deux.

Sophie- Un vrai casse-tête pour se placer.

Julie- Puis des fois Huguette parlait à tue-tête dans son sommeil.

Sophie- Puis souvent elle ronflait.

Julie- Oui, elle ronflait à tue-tête.

Sophie- Des fois, j’en avait par-dessus la tête.

Julie- Elle avait la tête dure la Huguette.

Sophie- Une vraie tête de cochon.

Julie- Puis tête en l’air en plus.

Sophie- Mais quand elle avait une idée en tête.

Julie- Ou une idée derrière la tête.

Sophie- Si on lui disait non, elle nous faisait une sale tête.

Julie- Puis, elle n’en faisait qu’à sa tête.

Sophie- Une vraie tête brûlée.

Julie- Je lui avait dit de ne pas aller sur le fairway. Ça ne prenait pas la tête à Papineau.

Sophie- Une tête folle, oui…

Julie- P’tête que oui…

Sophie- Elle est partie sur un coup de tête.

Julie- En faisant un tête à queue.

Sophie- Pauvre Huguette.

Julie- Elle avait beau avoir la tête dure.

Sophie- Mais pas assez.

Julie- La balle était plus dure que sa tête.

Sophie- Pas mal plus dure.

Julie- La balle lui a tenu tête.

Sophie- Oui, ça lui a retombé sur la tête

Julie- Pauvre Huguette…Elle a fait plus que perdre la tête.

Sophie- Maintenant elle a la tête ailleurs.

Julie- Je dirais même qu’elle a la tête froide.

Sophie- Il y en a qui ont la tête enflée.

Julie- Mais elle c’était pour le vrai.

Sophie- On s’amusait bien avec elle.

Julie- C’était notre tête de turc.

Sophie- Des fois notre tête à claque.

Julie- On ne s’ennuyait pas avec elle

Sophie- Elle nous manque.

Julie- Oui, je m’ennuie de nos tête-à-tête.

Sophie- On peut dire qu’elle pis la balle ont connu la même chose.

Julie- Oui, les deux ont fini dans un trou.

Sophie- Bon, Julie…on est là pour parler de nous.

Julie- C’est vrai. On avait commencé à penser à trouver une autre place pour rester.

Sophie- Oui, une place qui ne nous coûterait pas les yeux de la tête.

Julie- Mais voilà qu’en redonnant une balle à un monsieur qui l’avait perdue.

Sophie- Oui, le monsieur Raymond là-bas…

Julie- Chut Sophie… Il ne voulait pas qu’on le dise.

Sophie- Hooonnn !!!  C’est vrai. Désolée… monsieur Raymond.

Julie- Le v’là tu pas qu’il nous parle de ce projet de logement.

Sophie- Un vrai coup de chance.

Julie- Comme mon nom… Lachance.

Sophie- La fortune nous a souri.

Julie- Comme ton nom.

Sophie- On s’est dit, comme on a été capable de vivre deux ans dans une tente.

Julie- On est bien capable de vivre à deux dans un logement.

Sophie- Même si c’est un studio.

Julie- Penses-y Sophie. Une toilette pour nous.

Sophie- Plus besoin de courir.

Julie- Puis l’hiver au chaud.

Sophie- Ça va quand même nous manquer les grands espaces.

Julie- On ne peut pas tout avoir.

(Suzanne arrive)

Suzanne- Je pense qu’on peut arrêter là votre présentation. Comme vous avez compris mesdames et messieurs, mesdames Lachance et Lafortune sont disposées à partager le même logement. Pour moi, cela me semble approprié. Qu’en pensez-vous les autres membres du comité?

Diane- On aurait pu y penser avant.

Alice et Raymond- D’accord.

Suzanne- Mesdames et messieurs, je suis désolée de ne pas avoir à vous demander de faire un choix. Je pense que c’est une belle initiative de la part de nos deux candidates. J’applaudis à cette belle entente.

Diane- Voici donc la fin de notre pièce...

Finale

(Une voix se fait entendre du fond de la salle)

Isabelle- Attendez un peu avant de terminer votre spectacle…

(Les actrices se retournent pendant qu’Isabelle s’avance vers la scène)

Isabelle- Bonjour! Je m‘appelle Isabelle Gélinas. C’est moi la propriétaire de l’immeuble qui a été rénové, y compris les logements que vous avez fait tirer par le public.

Alice- Ah! C’est vous la mystérieuse propriétaire…

Isabelle- Oui, c’est moi… J’ai assisté à votre représentation même si je n’étais pas invitée.

Diane- Croyez-moi, madame Gélinas, si j’avais su comment vous rejoindre, je vous aurais invitée.

Suzanne- On aurait bien aimé ça vous rencontrer avant.

Isabelle- Je ne voulais pas ça. J’ai demandé à mon contact à la ville de former un comité pour choisir les personnes qui vont habiter les logements.

Alice- Le comité c’est nous…

Isabelle- J’ai bien vu ça. Je voulais que le processus soit discret, pas étalé devant tout le monde avec une pièce de théâtre.

Raymond- Mais nous, on ne voulait pas être pris avec une décision qui nous reviendrait sur le nez.

Diane- On trouvait que notre idée était une bonne idée.

Suzanne- Puis je pense que ça s’est bien passé, non…

Isabelle- Parlez-en que ça s’est bien passé… Vous avez parlé devant tout le monde de possibilité de corruption, sans compter que votre comité de sélection m’est apparu pas très clair dans la sélection des personnes.

Raymond- Comment ça?

Isabelle- En commençant par vous, monsieur Charland. Vous… puis vos sans-abris qui vivent sur le bord d’un terrain de golf.

Raymond- Pourquoi pas elles plutôt que d’autres… Ce sont des bons choix selon moi.

Isabelle- On pourra en reparler… Puis les autres, les cousines, les belles-sœurs et les autres connaissances.  Si ce n’est pas de la corruption, dites-moi ce que c’est…

Diane- Je pense que là, vous allez trop loin, madame Gélinas…

Isabelle- Et puis, vos personnes qui veulent habiter dans le même logement, je sais qu’il y a un règlement qui l’interdit.

Suzanne- Il y a toujours un règlement qui interdit les initiatives intéressantes. Je le sais, je travaille à la ville. La loi a 20 pages et les règlements 3,200.

Alice- D’après ce que j’ai compris, madame Gélinas, il y a aussi des apparences pas trop claires dans votre processus.

Isabelle- On ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs. Imaginez qu’il y ait des journalistes dans la salle… Si c’est le cas, je suis dans le trouble et vous avec… Je vois ça dans les journaux… Encore de la corruption à la ville…

Suzanne- Il n’y a pas de journalistes dans la salle (se tournant vers le public). N’est-ce pas…

Isabelle- J’ai bien envie de tout canceller… votre comité, votre pièce de théâtre…

Alice- Madame Gélinas, vous ne pouvez pas faire ça…

Diane- Oui, pensez aux personnes que vous voyez devant vous qui vont avoir un logement décent dans l’avenir…

Suzanne- Regardez-les… Elles ont les yeux pleins de larmes…

Raymond- Dites-lui, mesdames, qu’elle ne peut pas faire ça…

(Réplique des candidates- Madame, vous ne pouvez pas nous faire ça... On veut un logement …s’il-vous-plaît !!!)

Alice- Et puis, le public qui a voté…

Suzanne- Vous savez quoi…

Tous- Non…

Suzanne- Nous sommes choyés d’avoir un public compréhensif avec nous.

Diane- Je vous en prie, madame Gélinas, permettez à ces braves personnes d’apprécier votre générosité et de pouvoir réaliser un rêve.

Tous- On vous en prie madame Gélinas…

Isabelle- Bon d’accord… Mais si jamais il y a un problème qui arrive…

Diane- Tout va bien se passer, madame Gélinas, j’ai confiance…

(Tout le monde applaudit)

Diane- Alors, venez tout le monde pour notre petite chansonnette finale.

(Chansonnette Saraconte)

Saraconte c’est nous c’est nous

Sur la scène devant vous

Nous avons travaillé fort

Répété encore encore

Ça nous a fait bien plaisir

D’avoir pu vous divertir

À vous tous qui êtes ici

Saraconte vous dit merci

 

FIN