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Scène 0

En arrivant sur scène, une personne est bousculée par des manifestants qui brandissent des pancartes relativement à la problématique du manque de logement. Ils scandent des slogans relatifs à cette situation. 

On veut des logements abordables

On veut des logements sociaux

À bas les rénovictions

Les manifestants se font face ou tournent en rond.

Et il y a les sans-abris qui arrivent avec leur pancarte   Fini les tentes. On veut un logement pour les sans-abris.

La Personne- Hé là, vous autres !!!  Faites attention avec vos pancartes. Vous avez failli me faire mal avec… Allez manifester ailleurs… J’ai quelque chose à faire ici.  Bon… C’est quoi votre affaire ??? Logements abordables, logements sociaux, abri pour les sans-abris. C’est quoi la différence entre logement social et logement abordable. De toutes façons, ces affaires-là, ça me passe dix pieds au-dessus de la tête.

-Bonjour mesdames et messieurs. La pièce de théâtre à laquelle vous allez assister est basée sur une histoire vraie. Seuls les noms et quelques faits ont été modifiés pour respecter l’anonymat et la réputation des personnes impliquées.     Je vous souhaite une bonne soirée.

 

Scène 1

(Alice arrive avec son café et s’assoit sur une chaise).

Alice- Bon, il semble bien que je sois la première arrivée. La réunion était prévue à neuf heures pourtant. Neuf heures et quart et je suis la première qui est là. Ça m‘étonne pas. Il ne faut pas déroger à la réputation des fonctionnaires municipaux. C’est vrai qu'on n’a pas une réputation d’efficacité, les fonctionnaires. Mais c’est pas parce qu’on travaille pas. Moi, je rends toujours mes rapports à temps. Mais c’est ensuite… Mon rapport revient, il faut le changer parce que les objectifs ont changés, le superviseur du superviseur veut modifier la présentation, quand c’est pas parce qu’il y a un nouveau directeur qui ne pense pas comme le précédent. Ça m’a pris trois semaines pour terminer mon dernier dossier. Mais ça m’a pris deux mois pour faire les révisions. Pour des questions politiques apparemment. J’m’en vais leur dire moi… leurs questions politiques, savez-vous où je me les mets….  Bon, j’vais me garder une p’tite gêne… des fois, qu’y aurait du monde qui pourrait m’entendre…finalement, je l’ai pas dit, mais j’pense que mon directeur n’a pas aimé le regard que j’lui ai fait. J’aurais probablement mieux fait de r’garder ailleurs parce qu’il m’a dit : Alice, j’ai reçu une demande pour déléguer une personne pour un projet spécial. Je crois que ce sera tout à fait dans vos cordes. J’vous dis, ses cordes à lui, il s’en sert pour jouer du violon. Bref, il m’a donné un exemplaire du mandat en spécifiant que j’devais me rendre ici ce matin. Il n’est pas trop clair leur mandat.  Participer à un comité de sélection pour des personnes se qualifiant pour un logement social, abordable et d’autres types dont je ne comprends pas grand-chose. Bon, voilà du monde qui arrive…

Raymond- Bonjour, c’est ici la rencontre pour l’affaire des logements.

Suzanne- Oui, cette histoire de comité de sélection.

Alice- Il semble bien. Je n’ai pas trop compris c’était quoi le mandat.

Raymond- Moi non plus. Ce que je comprends, c’est que ça n’a rien à voir avec mon travail habituel.

Suzanne- La même chose pour moi.

Alice- Probablement qu’il va y avoir quelqu’un pour nous informer plus en détail.

Suzanne- Je l’espère, sinon on va être dans le trouble.

Raymond- Bon en attendant… Raymond Charland, je travaille au département du matériel roulant.

Alice- Alice Montclair, département des eaux usées.

Suzanne- Suzanne Tremblay, service des taxes.

Raymond- Mon superviseur m’a dit : Raymond, j’ai un mandat spécial pour toi. Ça va te changer de tes habitudes.

Suzanne- Pareil pour moi. Il faut dire que les dossiers de taxes c’est assez rituel.

Alice- Moi je collecte des échantillons d’eau et je fais des rapports.

Raymond- Moi, je fais la répartition des véhicules selon les besoins des arrondissements. Avant que vous en fassiez la remarque, cela n’a rien à voir avec mon nom de famille.

Suzanne- Comment ça?

Raymond- Charland… char… lent… l-e-n-t… vous ne la saisissez pas…

Alice- Je n’y aurais pas pensé.

Suzanne- Moi non plus.

Raymond- C’est comme Montclair et les eaux usées.

Alice- Je ne la trouve pas drôle.

Suzanne- Vous êtes un p’tit comique vous.

Raymond- C’est juste pour rire.

Alice- Bien nous, les fonctionnaires on n’a pas trop la réputation d’être des personnes qui sont drôles.

Suzanne- Si vous voulez rire, je vais vous en conter une…

Raymond- Allez-y.

Suzanne- Au bureau, on est dix personnes dans le département. Sur les dix, il y en a six qui s’appellent Tremblay. Mon superviseur a une grosse voix. Il a l’habitude de sortir de son bureau et d’appeler une personne : Tremblay, sans nommer de prénom. Dans ce temps-là, tout le monde se met à shaquer.

Raymond- Elle est bonne.  Et puis Tremblay, ça va bien avec les taxes. Je vois ça, un proprio qui reçoit son compte.  Il va trembler avant de l’ouvrir.

Alice- Je ne la trouve pas drôle.

Suzanne- Moi non plus.

Raymond- Bon… Mais qu’est-ce qu’on fait en attendant?

Alice- Rien… On est des fonctionnaires, non…

(La porte s’ouvre)

Diane- Bonjour! Excusez mon retard. J’avais besoin de faire préciser des choses dans notre mandat. 

Suzanne- Est-ce que c’est vous qui allez être la responsable du comité?

Raymond- Parce que nous on est des fonctionnaires. Sans responsable, on ne peut pas rien faire.

Alice- Bon, le petit comique qui en remet une couche…

Diane- Bien, avant de commencer, je m’appelle Diane Lafond et oui, c’est moi qui suis la responsable du comité de sélection.

Suzanne- Suzanne Tremblay.

Alice- Alice Montclair.

Raymond- Raymond Charland

Suzanne- Puis on sélectionne quoi? Parce que moi, je n’ai pas compris grand-chose.

Alice- Faut dire que mon superviseur n’en savait pas plus.

Raymond- Le mien non plus.

Suzanne- On vous écoute.

Diane- Voici la situation. Un propriétaire a obtenu une grosse subvention pour rénover des logements dans son immeuble. En contrepartie, il doit réserver trois de ces logements pour qu’ils soient loués à des fins définies. Ça fait partie de la politique des vingt pour cent de la ville.  Ce qui est un peu particulier, c’est qu’il faut qu’il y ait un logement abordable, un logement social et un logement pour sans-abri. Notre mandat est de sélectionner des personnes qui vont habiter ces logements-là.

Alice- Puis c’est nous qui allons sélectionner les personnes…

Suzanne- Mais voyons donc… Ça doit représenter un tas de personnes à rencontrer.

Alice- On dit qu’il y aurait quelque chose comme cinq mille itinérants à Montréal.

Raymond- Ça, c’est compter les autres catégories.

Suzanne- Vous rendez-vous compte du travail que ça représente…

Diane- Beaucoup de travail.

Suzanne- Vous ne trouvez pas qu’on devrait d’abord par commencer par en savoir davantage sur ce que c’est un logement social et un logement abordable. Je regarde sur internet puis je vous avoue que c’est un vrai fouillis. Une vache n’y retrouverait pas son veau.

Raymond- Beuh oui… C’est souvent comme ça sur internet.

Alice- Pis souvent on tète à chercher.

Raymond- La crème de l’information…

Suzanne- Pour se retrouver juste avec du petit lait écrémé…

Diane- Bon, avant qu’on se retrouve dans le beurre, c’est pour ça que je suis en retard. J’ai eu besoin de me faire expliquer un peu plus ce que nous avions à faire.

Raymond- Moi, je n’embarque pas dans un dossier comme ça.  Je veux d’abord en parler avec mon syndicat.

Alice- Moi aussi.

Diane- Calmez-vous un peu. J’ai eu la même réaction que vous autres.  Ce qu’on m’a dit, c’est qu’une pré-sélection est en train de se terminer et qu’il va nous rester à choisir parmi quelques personnes.

Suzanne- Puis, ils les présélectionnent comment ces personnes-là?

Diane- Les noms ont été obtenus auprès de l’office municipal de l’habitation. Comment ils ont fait? Je ne le sais pas. Tout ce que peux vous dire, c’est que nous allons rencontrer ceux sont restés après le processus.

Alice- Puis nous, on va les choisir comment ceux qui vont rester parmi ceux qui restent?

Raymond- Oui, les restants des restants. On se croirait à un repas du jeudi soir.

Alice- Parle pour toi Raymond… le char… lent.

Diane- Ce sera à nous de le déterminer. J’ai ici une brochure d’information de la ville qui explique leurs critères pour déterminer les personnes admissibles à deux programmes, les HLM et le PSL.

Alice- PSL?

Diane- Le programme de supplément au loyer.

Suzanne- C’est quoi la différence?

Alice- Les HLM, ce sont les habitations à loyer modique, non.

Diane- Oui. Les HLM sont des appartements qui appartiennent et sont gérés par la ville. Pour le programme de supplément au loyer, c’est une subvention pour une personne qui habite dans un autre type de logement.

(Un intervenant arrive)

WHO… WHO…WHO... Attendez un peu…   On arrête ça ici…On n’est pas dans un cours à l’école. Là, on est parti pour endormir tout le monde. Je vois là-bas deux messieurs qui penchent la tête, qui sont sans doute prêts à piquer un petit somme. Encore un peu et ils vont se mettre à ronfler. Non, mais, qui veut savoir la définition de tous ces acronymes, sigles et autres abréviations : HLM, PSL, OMHM, OBNL et compagnie.

Pour votre information, j’ai fait des recherches sur internet avec l’intelligence artificielle. Copilot a perdu son chemin, Gemini s’est perdu dans l’espace et savez-vous la réponse du fameux Chat : GPT. 

Entendons-nous sur le principal. Le logement c’est rendu cher à moins que vous soyez toujours à la même place depuis 15 ans.  Et encore… Avec toutes les augmentations qu’on vit depuis l’inflation… Mon budget me répond comme le Chat : GPT.

Pour les détails, dans un logement social, le loyer c’est 25% du revenu. Si tu gagnes deux mille piastres par mois, ton loyer c’est 500 dollars par mois.

Dans un logement dit abordable, le prix du loyer est d’environ 20 pour cent de moins que la moyenne des loyers de la région. Ce qui fait qu’à Montréal, le prix moyen pour un 4 et demi est de 1,500 dollars par mois. Moins 20 pour cent, ça donne 1,200 par mois.

Avez-vous compris la différence?  Sans compter qu’il y a des critères et une limite de revenu qui prendrait encore au moins dix heures à vous expliquer.  Est-ce que ça vous intéresse? Moi, pas du tout.

Beaucoup de personnes qui attendent pour un logement social choisissent d’occuper un logement abordable en attendant qu’un logement social soit disponible.

Vous êtes encore là? Est-ce plus clair pour vous?  Une chance que vous m’avez et une chance qu’on s’a…

Savez-vous ce que j’me dis?  Le prix d’un logement, ça devrait être comme les impôts… Tu paies 15% d’impôt tu paies un maximum de 15% de loyer. Le reste serait financé par le gouvernement.  Si l’État est capable de dépenser des centaines de millions pour des projets qui tombent à l’eau, il pourrait assurer un logement décent pour tout le monde. Après tout, le logement, c’est un service essentiel. Même pour les sans-abris… Puis que je n’en entende pas un me dire qu’il y aurait des abus. Qu’une personne voudrait rester dans un logement de 3 milles piastres par mois et payer 15% de loyer. On a juste à donner ça à un comité pour étudier comment ça marcherait. Je vous le dis, moi je pense que ça reviendrait moins cher que de payer des millions en subvention pour construire des logements neufs. Sans compter que ça irait probablement plus vite.

Bon, avant que vous mettiez à dormir, on retourne au comité.

Diane- Si on revenait à notre sujet.

Suzanne- D’accord. Continuez.

Alice- Moi, je ne comprends pas ce qu’on fait ici. C’est la ville qui fait la sélection des personnes admissibles.

Raymond- Bon point, Alice.

Suzanne- Attendez un peu. Je lis un peu plus bas qu’il y a 15 mille personnes sur une liste d’attente pour avoir ce genre de logement.

Alice- Puis que le temps d’attente peut aller jusqu’à 5 ans.

Raymond- Puis vous voulez qu’on choisisse trois personnes qui vont l’obtenir.

Suzanne- Non, deux pour social et abordable et un pour sans-abri.

Alice- J’ai encore beaucoup de questions.

Suzanne- Je ne serai pas capable de choisir, moi. Je pense qu’il faudrait que tout le monde ait droit à un logement décent.

Raymond- Elle a raison Suzanne. Ça va me faire mal au cœur d’éliminer du monde.

Alice- Pareil pour moi.

Diane- Pensez que vous êtes à un comité de sélection pour un employé. Un seul sera choisi parmi dix candidats. Il faut une personne qui sera choisie à la fin.

Suzanne- Oui, dans ton exemple, il faut choisir le plus compétent. Moi je pense qu’il faudra choisir le moins compétent.

Alice- C’est pas bête ce que tu dis là, Suzanne.

Diane- Je vous disais cela pour que vous compreniez quel sera votre rôle et vous donner une comparaison.

Raymond- Alors vous allez demander à des fonctionnaires de décider quelque chose. C’est le monde à l’envers.

Raymond- En passant madame Diane, vous travaillez où?

Diane- Je suis au département collecte et recyclage, vous savez les bacs verts, bleus, bruns et noir.

Raymond- Alors… vous allez nous en faire voir de toutes les couleurs dans le comité.

(Rire général)

Alice- Très bien dit, Raymond…

Diane- Que diriez-vous qu’on prenne une petite pause et qu’on revienne après pour commencer à regarder notre dossier?

(Tout le monde) - D’accord.

Scène 2

(Raymond, Suzanne et Alice reviennent)

Raymond- Pendant qu’on attend notre responsable de comité, j’ai quelque chose à vous dire.

Alice-Moi aussi…

Suzanne- Idem pour moi…

Raymond- Vous n’trouvez pas ça bizarre cet espèce de mandat de comité?

Alice- Pareil pour moi…

Suzanne- Oui… Un comité de fonctionnaires choisi n’importe comment pour sélectionner des locataires pour un projet dont on n’a jamais entendu parler avant.

Alice- Il me semble qu’avec la pénurie de logement qu’on connaît, il y aurait eu des journalistes qui se seraient emparés de l’affaire.

Raymond- Surtout que ça prend du temps à se mettre en branle ces projets-là.

Suzanne- Moi, dans le secteur où je demeure, cela a pris longtemps avant qu’un projet de logement aboutisse. Sept cent logements aux Halles d’Anjou…

Alice- Puis il y a les cinq mille logements à la Place Versailles. Ce n’est pas demain que quelqu’un va entrer dedans.

Suzanne- On n’a pas fini de magasiner là-bas.

Alice- Puis il paraît qu’ils vont les faire dans le stationnement, ces logements-là.

Raymond- Mesdames… Si on revenait à nos moutons avant que la madame Diane revienne…

Suzanne- C’est vrai… Je pense qu’elle en sait pas mal plus qu’elle veut nous le dire celle-là.

 Alice- Savez-vous ce que je pense?

Raymond- Probablement la même chose.

Suzanne- Ça ne sent pas très bon cette affaire-là.

Raymond- Je dirais même que ça pue plus qu’une mouffette.

Alice- Je ne voudrais pas dire le mot mais ce qui me vient en tête, c’est corruption.

Raymond- Puis ce serait nous les dindons de la farce. Heille !!! Moi je n’embarque pas dans une affaire comme celle-là. Il me reste deux ans avant ma retraite. S’il fallait que je me fasse embarquer dans une histoire de fraude.

Suzanne- Moi, il m’en reste trois avant de pouvoir partir. Ce n’est pas parce qu’on est des fonctionnaires qu’on est des imbéciles.

Alice- Oui, ils s’arrangeraient pour que ça nous retombe sur le dos. Est-ce qu’on nous prend pour des belles poires?

Raymond- Attendez qu’elle revienne, la Diane. Moi, je ne continue pas dans ce paquet de troubles.

Alice- Non que ça sent pas bon…

Suzanne- Il y a quand même des limites à se faire niaiser.

Alice- Attention, elle arrive…

Diane- Rebonjour tout le monde.  Désolé du retard…J’ai beaucoup d’appels à faire à propos de notre comité.

Alice- Madame Lafond…

Diane- Une minute, madame Montclair… J’imagine que pendant votre pause vous avez discuté à propos du comité et que vous vous êtes dit que ce n’était pas trop clair cette histoire-là.  Que vous vous êtes même demandé s’il n’y avait pas une embrouille quelconque en arrière…

Suzanne- Bien… un peu…

Raymond- Il faut dire que ce n’est pas trop clair cette histoire-là.

Alice- Parce que ça ressemble à quelque chose de pas trop catholique, non…

Diane- Figurez-vous que je me suis posé les mêmes questions quand on m’a présenté ce mandat. En plus, quand on m’a demandé d’en prendre la responsabilité, j’ai commencé par dire non, je n’embarque pas dans une histoire comme celle-là. Je ne vais pas compromettre ma réputation et ma retraite qui s’en vient dans une affaire de corruption.

Suzanne (regardant les autres) - Bien, nous autres on s’est dit la même chose…

(Les deux autres approuvent de la tête)

Diane- Il y a de quoi… J’aurais compris qu’on demande cet exercice à un comité logement ou une organisation de ce genre. Ou encore, carrément y aller avec la liste d’attente de l’Office municipal de l’habitation de Montréal.

Suzanne- Oui, 15 mille personnes…

Alice- Puis on peut s’imaginer qu’avec l’inflation et les augmentation de loyers, ce nombre a encore augmenté.

Diane- Tu as probablement raison Alice. On m’a donné le nom d’un contact à l’office d’habitation qui m‘a dit que les informations qu’ils possèdent concernent le revenu, le nombre d’enfants à charge et la date d’inscription sur la liste. Il y a quelques autres informations mais rien de particulier concernant la situation comme le demande le promoteur.

Raymond- Mais je ne vois rien dans ce que vous dites qui explique notre présence ici.

Diane- J’y arrive. La première chose qui m’est apparue essentielle est la validité de la formation de ce comité. En ce sens, le règlement sur l’attribution des logements à loyer modique est la formation d’un comité d’au moins trois personnes selon une composition déterminée.

Suzanne- Puis c’est quoi la composition?

Diane- Un représentant du locateur, un représentant des locataires et un représentant d’un groupe socio-économique.

Alice- Mais nous ne sommes pas un groupe socio-économique.

Diane- J’y viens. C’est long mais c’est important que vous compreniez. Je vous passe sous silence le nombre de pages de ce document. Il a été adopté pour des immeubles de quelque chose comme cent logements. En plus, il concerne les habitations à loyer modique et pas du tout au type diversifié tel que demande le promoteur.

Raymond- C’est qui le propriétaire?

Diane- Je ne le sais pas mais j’ai fait une demande pour que nous puissions le rencontrer, question de préciser certains points si nécessaire.

Suzanne- Nous en aurons sûrement.

Diane- Et là, tenez-vous bien, le promoteur en question a approché un politicien local pour lui suggérer de former le comité avec des fonctionnaires municipaux. Selon lui, nous sommes intègres et habitués avec des critères de sélection et de gestion de ces critères.

Raymond- C’est tout à fait nous ça.

Alice- Parle pour toi Raymond. Ça existe des fonctionnaires corrompus, tout le monde sait ça. Tu ne te rappelle pas l’enquête sur la construction…

Suzanne- Puis ce n’est pas la seule.

Diane- Je suis d’accord avec vous mais il semble bien que cela a fonctionné.

Alice- Je vois ça d’ici que le propriétaire va vouloir nous influencer pour qu’on choisisse des personnes de son choix.

Diane- Oui, j’y ai pensé mais je n’ai pas trouvé de solutions jusqu’à maintenant. J’attendais de rencontrer le propriétaire et si possible le politicien impliqué.

Raymond- Nous on pensait que tu pouvais être impliquée dans une sorte de gamique.

Diane- Merci à vous d’avoir pensé cela, mais pas du tout. Je trouve ce projet intéressant et surtout c’est quelque chose de différent que de gérer des bacs de recyclage.

Suzanne- Mais ça pourrait devenir un bac de corruption.

Alice- Par contre, on peut toujours se retirer si on sent quelque chose de croche.

Diane- C’est toujours possible. On n’a rien signé jusqu’à date.

Suzanne- Moi je pense à quelque chose.

(Les trois autres) - Quoi?

Suzanne- Cela a rapport avec la responsabilité ou l’imputabilité si vous préférez.

Alice- Continue…

Suzanne- On pourrait très bien travailler sur une sélection de base mais ne pas prendre la décision.

Raymond- Ce n’est pas bête comme idée.

Suzanne- Moi, si je comprends bien, le compliqué c’est de choisir des personnes.

Diane- Tu comprends bien.

Suzanne- Puis, si ce n’était pas nous qui faisions le choix final.

Alice- Comment ça?

Suzanne- On pourrait juste faire une recommandation puis laisser la décision à quelqu’un d’autre.

Raymond- À qui? C’est pas ça qu’on a comme mandat…

Alice- Mais voyons, char… lent, on a dit qu’on essaierait de trouver un moyen pour ne pas prendre la décision finale.

Diane- Comme ça se passe très souvent dans un comité. On recommande mais on ne prend pas de décision. Tu vois ça comment Suzanne?

Suzanne- Je ne le sais pas. On pourrait faire voter du monde.

Alice- Comme dans une élection.

Suzanne- Peut-être…

Diane- Comme ça s’passe dans les réunions d’arrondissement.

Raymond- C’est pas bête ça.

Alice- Mais on ferait ça comment?

Diane- Oui, on pourrait faire ça comment?

Suzanne- Je ne le sais pas trop. Il faudrait quasiment faire un party de vote.

Raymond- T’es folle…

Alice- Mai non, Raymond le char… lent, je trouve au contraire que c’est une idée à regarder.

Diane- Moi je retiens que l’idée c’est de réunir du monde pour les faire voter.

Suzanne- Oui.

Diane- Qu’est-ce qui fait réunir du monde?

Raymond- Un party…

Alice- Un événement.

Raymond- Une réunion du syndicat.

Alice- Mais non Raymond. Il n’y a jamais personne dans une réunion du syndicat.

Raymond- Ça dépend du sujet.

Suzanne- Un spectacle.

Diane- C’est bon ça, Suzanne. On pourrait organiser quelque chose de même.

Alice- Un spectacle de musique, une pièce de théâtre.

Suzanne- C’est bon ça, une pièce de théâtre.

Raymond- Ça ressemble quasiment à ce qu’on est en train de nous faire faire.

Alice- Je suis d’accord avec Raymond. Les personnes choisies pourraient se présenter devant des spectateurs.

Suzanne- Pour expliquer leur situation.

Diane- Puis les gens pourraient choisir la personne qu’ils préfèrent.

Raymond- Puis comme ça, ce ne serait pas nous qui prendraient la décision.

Alice- Oui, ce s’rait pas nous les responsables de la décision.

Suzanne- Bonne façon de s’en laver les mains comme dirait Ponce Pilate.

Diane- Mais nous, on fait quoi là-dedans?

Raymond- Bonne question, on ferait quoi nous autres?

Suzanne- On les prépar’ait.

Alice- Comme un coach ou un metteur en scène.

Diane- Bonne idée, Suzanne.

Alice- Oui, on les coach’rait pour qu’ils se présentent devant le monde.

Suzanne- Puis le public choisirait à la fin.

Raymond- On pourrait faire ça ???

Alice- Pourquoi pas Raymond… Après tout, la vie c’est une immense pièce de théâtre, non…

Alice- Avez-vous pensé à quoi ils ressembleraient ce monde-là?

Suzanne- Ce serait bien qu’on en rencontre quelques-uns

Diane- Très bonne idée, Suzanne.